
Cathédrale Saint-Michel, Sherbrooke, le 19 octobre 2007
La version prononcée fait foi.
Je suis honoré d’être ici, aujourd’hui, afin de rendre un hommage aux donneurs d’organes du Québec et du Canada. C’est la première fois que j’assiste à cette cérémonie et que j’en occupe le haut patronage à titre de lieutenant-gouverneur du Québec. Ce faisant, je perpétue une loyale tradition développée au fil des ans entre l’institution que je représente et l’Association des dons d’organes.
I am honoured to be here today to do posthumous homage to the organ donors of Québec and of Canada. This is the first time I have attended this ceremony and assumed the role of patron as Lieutenant-Governor of Québec.
Lorsque j’occupais les fonctions de secrétaire général de l’Assemblée nationale, je me rappelle du climat tendu, de l’atmosphère bouleversante qui revenait chaque année au cours du débat sur une motion sans préavis (vous excuserez le terme technique), soulignant la générosité des donneurs d’organes et invitant le public à signer ce consentement à l’endos de la carte d’assurance-maladie. J’étais touché par les témoignages évoqués par les intervenants.
Je me souviens, aussi, de l’intérêt que j’ai porté à suivre les débats de l’Assemblée qui ont conduit à l’adoption du projet de loi no 197, Loi facilitant les dons d’organes. Je réfère aux mémorables plaidoyers en faveur de ce projet de loi et j’ai en mémoire, en particulier, l’intensité avec laquelle monsieur William Cusano, alors député de Viau, en avait défendu les bienfaits. Lui-même greffé du cœur, il ne pouvait y avoir de meilleur ambassadeur pour débattre du sujet.
Aujourd’hui, ce n’est plus à l’élaboration d’un projet de loi que j’assiste mais bien aux conséquences positives de son application. Des conséquences qui parlent de vies sauvées, d’existences améliorées et même d’une démarche qui a le potentiel d’apporter un peu de baume pour la perte d’un être cher. Mis à part le fait qu’émotionnellement, les dons d’organes soient des gestes difficiles à entrevoir ou à accorder, le bien-fondé et l’espoir qu’ils permettent, en retour, sont des réalités dont les conséquences sont très précieuses pour notre communauté.
Apart from the fact that, emotionally, organ donations are gestures that are difficult to envisage or to consent to, their validity and the hope they provide in return are realities whose consequences are very precious to our community.
Il m’est difficile de comprendre que le taux de dons d’organes au Canada soit l’un des plus faibles parmi tous les pays industrialisés.
I find it difficult to understand why the rate of organ donation in Canada is one of the lowest among all industrialized countries.
C’est ce que rappelle monsieur le juge René Dussault, qui, d’ailleurs, est ici ce matin, dans un texte qu’il vient tout juste de publier dans la Revue de l’Institut d’administration publique du Canada.
Trois raisons expliqueraient la perte de donneurs :
Et pourtant, toutes les provinces ont adopté, au fil des ans, des dispositions pour réduire la perte de donneurs en regard de chacune des lacunes constatées. Enfin, espérons que des mesures appropriées permettront d’atteindre, dans l’avenir, près de 30 donneurs par million alors qu’il n’est actuellement que de 13 donneurs par million.
Let us hope that, ultimately, appropriate measures will make it possible in the future to attain a rate of close to 30 donors per million, whereas at present it is only 13 donors per million.
Le philosophe français Jean-Claude Guillebaud, parlant du don d’organes, expliquait ce geste comme étant un prodigieux échange d’une personne à une autre, geste ultime de solidarité humaine. Et si vous me le permettez, Monsieur le Juge, j’aimerais citer une de vos phrases que j’estime juste et respectueuse de la cause du don d’organes: « Dans la mesure où il réunit la douleur de la famille du défunt et l’espoir des personnes en attente, le don d’organes peut changer notre perception de la mort et de la vie, et nous aider à mieux comprendre le sens de l’une et de l’autre. »
Mon épouse Ginette Lamoureux se joint à moi pour dire : « Merci à vous », qui êtes venus de partout pour rendre cet hommage posthume aux donneurs d’organes et recevoir, en leur nom, la médaille rouge symbolisant leur don. Au-delà de votre peine, une émotion de fierté collective est bien palpable, ici, aujourd’hui. Merci également aux donneurs vivants, récipiendaires de la médaille bleue du Grand samaritain. Merci à tous ceux et celles qui se relaient dans une grande course contre la montre afin d’assurer un suivi et une livraison dans les délais requis pour que chaque intervention soit couronnée de succès.
My wife and I wish to thank those of you who have come from all over Québec to do posthumous homage to organ donors. Beyond your sorrow, there is a very palpable emotion of collective pride here today. I offer my thanks as well to any living donors who may be among us. I likewise wish to thank all those who, each in turn, take part in that crucial race against time to ensure follow-up and delivery within the period required for each intervention to be crowned with success.
Et, finalement, dans une vision plus spiritualisée, merci à nos donneurs qui ont été honorés en ce 19 octobre 2007. Ils auront contribué à rendre possibles de nouveaux souffles de vie; le plus bel héritage que l’on puisse laisser, n’est-il pas, justement, celui de perpétuer la vie ?
Bureau du Lieutenant-gouverneur du Québec
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