
Hôtel du Parlement, Québec, le 7 juin 2007
La version prononcée fait foi.
Il y eut l’étonnement. De l’étonnement s’ensuivit un silence, puis naquit ma joie. De ma joie émergea ma fierté et de ma fierté, je compris mon devoir.
Il ne m’était jamais arrivé à l’esprit qu’un jour le fils d’un marchand de La Malbaie et d’une mère de 10 enfants, élevé dans l’amour et le don de soi, accèderait à cette fonction éminente de l’État qu’est celle de lieutenant-gouverneur du Québec.
Avant d’accepter le poste de lieutenant-gouverneur, je me rappelais les paroles qui ont été attribuées à monsieur Robert Bourassa : « Je croyais être indécis mais je n’en suis pas certain »; et je me suis souvenu de celles de monsieur René Lévesque : « tant et aussi longtemps que le régime politique actuel sera en vigueur, il y aura un poste de lieutenant-gouverneur à combler ».
Je prends la parole pour la première fois comme homme public. J’espère que vous serez assez indulgents et retiendrez de ma courte allocution que ma volonté de bien faire sur la base des valeurs que j’ai reçues de mes parents et la préoccupation de servir mes concitoyens dans le respect des traditions et des devoirs de ma charge.
Je voudrais, au départ, réitérer au très honorable Stephen Harper, premier ministre du Canada, toute ma reconnaissance pour m’avoir invité à assumer cette prestigieuse fonction. Je remercie le premier ministre du Québec, monsieur Jean Charest, d’avoir accueilli avec enthousiasme ma nomination comme 28e lieutenant-gouverneur du Québec. J’ai été également très touché par les félicitations que m’ont formulées des personnes de toutes les allégeances politiques actuelles.
Vous me permettrez de plus, de remercier mes proches qui m’ont toujours supporté dans toutes les étapes de ma vie et qui m’ont assuré de leur accompagnement tout au long de mon mandat. Je parle ici de ma mère, de mon épouse, de mes enfants, leur conjoint et mes petits-enfants, de mes sœurs et frères, de mes belles-sœurs et beaux-frères et de mes nombreux amis que je ne pouvais malheureusement pas tous inviter ici, vous comprendrez.
Sens du devoir, partage, sobriété : trois valeurs que je désire mettre de l’avant aujourd’hui. Trois valeurs dont j’entends m’inspirer, trois valeurs donc que j’aimerais que vous me rappeliez comme étant les pierres d’assise de mon mandat.
Certains prétendent que les activités du lieutenant-gouverneur ont une valeur purement symbolique et qu’aujourd’hui, elles n’ont plus leur raison d’être.
Sans vouloir surestimer les symboles, on sait que certains peuvent parfois exercer une relative influence dans la vie publique. Le lieutenant-gouverneur ne fait pas qu’ouvrir et dissoudre le Parlement, sanctionner les projets de loi et signer les décrets qui lui sont soumis. Il incarne non seulement la souveraineté étatique mais aussi la pérennité et la stabilité de l’État. Les gouvernements démocratiquement élus se succèdent à un rythme dicté par les aléas de la vie politique; le lieutenant-gouverneur n’étant pas touché par les échéances électorales deviendra ce lien essentiel entre une administration et une autre. Au-delà de son importance disons symbolique, le lieutenant-gouverneur joue, encore aujourd’hui, un rôle réel quoique effacé. Hormis les pouvoirs, bien précis et circonscrits que la Constitution lui confie, le lieutenant-gouverneur va régulièrement à la rencontre des citoyens à diverses occasions conférant ainsi à l’État québécois un visage humain strictement non partisan.
En ce qui a trait à mes responsabilités, je me sens bien à l’aise de les exercer avec sérénité, en toute indépendance et pleinement. Incarnant la continuité de l’État, je m’engage à adopter une attitude impartiale en m’imposant ce « devoir de réserve » qui découle de la fonction, de manière à ne jamais soulever de polémiques.
On a jugé que ma connaissance des institutions parlementaires me préparait à l’exercice de cette fonction essentielle, surtout dans le contexte d’un gouvernement minoritaire. Je m’emploierai à m’acquitter scrupuleusement de mes obligations avec honnêteté et droiture dans l’intérêt ultime de l’ensemble des Québécois. Et puisque je suis issu de ce milieu privilégié mais combien décrié, je n’hésiterai pas un instant à prêcher l’idéal de la démocratie, mettre en évidence ses bienfaits et souligner les efforts des hommes et des femmes qui s’y dévouent.
Quant au partage, il pourra se réaliser sous de multiples facettes. En outre de mes obligations statutaires qui devront toujours avoir la préséance au quotidien, si je peux, par mon implication personnelle, contribuer aux efforts de nos bénévoles dans les milieux communautaires, j’aurai le sentiment d’avoir accompli quelque chose de plus. De façon plus particulière, j’entends privilégier davantage deux catégories de personnes parmi les plus vulnérables dans notre société, soit les enfants et les aînés.
Puisque j’en suis au partage et à la compassion, je m’en voudrais de ne pas m’attarder un instant sur les durs moments que vit présentement une classe de nos concitoyens, ces soldats basés à Valcartier, qui nous quittent ou ont déjà quitté pour servir leur pays et aider à la reconstruction de l’Afghanistan. Je veux leur témoigner toute mon admiration et leur exprimer mes vœux de bon courage dans cette entreprise; comme ils le disent eux-mêmes : « Allons-y! »; et à leurs familles qui attendent ou attendront avec anxiété leur retour, je voudrais leur apporter mon support moral.
Finalement, en ce qui a trait à la sobriété, mes années passées à l’Assemblée nationale sont garantes d’un modus operandi que je conserverai tout au long de mon mandat de façon similaire, ne serait-ce que pour répondre au désir exprimé par de nombreux Québécois à cet égard, à savoir une probité nécessaire, une économie de moyens lorsque possible, ainsi qu’une transparence dans tous mes agissements.
Sens du devoir, partage, sobriété : ce seront les mots d’ordre qui me guideront tout au long de mon mandat.
Mon plus grand souhait : faire honneur au Québec et aux Québécois.
A sense of duty, sharing and sobriety : these are the watchwords that will guide me throughout my term of office.
My fondest hope: to do honour to Quebec and to Quebeckers.
Merci à tous.
Bureau du Lieutenant-gouverneur du Québec
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